"... Je regrette vivement de ne pas être avec vous. Je le regrette d’autant que le thème et les questions que vous abordez, ce soir, sont au cœur de mes préoccupations et de mon engagement... "
MESSAGE DE CHANTAL JOUANNO
LES ENTRETIENS DES CASQUES ROUGES
L’ACTION HUMANITAIRE A L’HEURE DU CHANGEMENT CLIMATIQUE
SCIENCES PO – 16 OCTOBRE 2009
« Mesdames, Messieurs,
Chère Nicole,
Je regrette vivement de ne pas être avec vous. Je le regrette d’autant que le thème et les questions que vous abordez, ce soir, sont au cœur de mes préoccupations et de mon engagement.
Quels que soient les continents, l’Homme sera la première victime de la crise écologique.
D’ici 20 ans, des populations entières aux Maldives, en Papouasie-Nouvelle Guinée, ou encore dans les îles Marshall et Kiribati, verront leur pays disparaître par la montée des eaux.
Le Bengladesh, la Chine, L’inde ne connaitront pas un meilleur sort. D’après un rapport des Nations unies sur les désastres naturels, le risque mortel imputable aux inondations a augmenté de 13% entre 1990 et 2007.
Les sécheresses seront, quant à elles, plus nombreuses et intenses. La répartition de la ressource en eau sera progressivement plus injuste. Peu de continents de l’Hémisphère Sud y échapperont –et plus encore l’Afrique déjà meurtrie par la famine et les conflits locaux. Le changement climatique augmentera également la fréquence et la virulence des catastrophes naturelles. L’humanité connaitra bientôt des typhons, des crues, des tempêtes plus meurtrières que jamais, plus souvent que jamais.
Enfin, certains conflits récents au Darfour ou en République Démocratique du Congo ont montré que la pression environnementale et la compétition pour l’accès aux ressources ont amplifié les tensions armées.
Comme les pays du Sud, les Nations du Nord n’échapperont aux conséquences des dérèglements de la Nature. Mais certainement à la différence des premières, elles auront les moyens de mobiliser toute leur puissance technologique et financière pour y faire face.
Les populations d’Afrique ou des bidonvilles d’Amérique latine, quant-à-elles, resteront impuissantes face au déchaînement des éléments. Leur droit premier de vivre sera bafoué par le péril climatique si nous n‘anticipons pas.
En d’autres termes, il faut agir maintenant.
Si des politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont indispensables pour éviter à l’humanité tout entière d’atteindre le point de non retour, des politiques d’adaptation sont tout aussi cruciales…. mais néanmoins insuffisantes.
Nul barrage ne saurait tenir durablement contre le Pacifique. Le risque « zéro » n’existe pas.
Il nous faut aussi secourir. La communauté internationale en a pris conscience. Quand une catastrophe humanitaire survient, une réaction rapide des secours, une coordination efficace des moyens logistiques et humains peuvent sauver des milliers de vies.
C’est pourquoi je salue l’initiative de Nicole GUEDJ, Présidente de la Fondation Casques Rouges. Je félicite le combat qu’elle mène, avec passion et générosité, depuis plus de dix ans, pour la création de ces véritables « pompiers du monde ». Cette force internationale humanitaire de réaction rapide, sous l’égide de l’ONU, permettrait, incontestablement, d’identifier et de coordonner l’action des équipes de secours, de mobiliser des moyens logistiques importants, dans un délai très court.
Il y a dix ans, il était déjà indispensable de mettre en place ces casques rouges. Aujourd’hui, c’est désormais urgent. N’attendons pas que la catastrophe soit à nos portes pour nous préparer à ses conséquences. Le temps est venu de donner à l’Assemblée des Nations Unies les moyens de nos ambitions. Je suis convaincue que les Casques Rouges doivent faire partie de notre action. Ne nous laissons pas l’opportunité d’avoir à regretter notre passivité et nos renoncements.»