En Septiembre 2009, Nicole Guedj, presidente de la Fundación Cascos Rojos, publicó un manifiesto Para Cascos Rojos en la ONU, en las ediciones Le Cherche-midi.
Extrait :
Le tsunami : la prise de conscience collective
Au lendemain de Noël, le 26 décembre 2004, un raz-de-marée submerge les rivages de l’Asie du Sud, des Maldives à l’Indonésie, en passant par l’Inde, le Sri Lanka et la Thaïlande. Le bilan est terrible : 230 000 morts et disparus, dont 8 000 touristes occidentaux, et plus de 2 millions de déplacés.
Le tsunami, je l’ai vécu de très près. Alors secrétaire d’État au Droit des victimes, j’ai été chargée d’accueillir les rescapés français. Difficile de décrire ce que l’on croise dans le regard de ceux qui ont frôlé la mort, perdu un enfant ou un parent, parfois même les deux, en quelques minutes.
Ce désespoir m’a certainement donné l’énergie et la force de persuasion pour convaincre le président de la République de proposer la création des Casques rouges à l’ONU…
Après le tsunami, le phénomène médiatique est sans précédent. Les images de la catastrophe sont relayées en boucle par les chaînes occidentales et sur Internet. Elles provoquent une vague de générosité planétaire : plus de 12 milliards d’euros de dons. Une première dans l’histoire humanitaire. Par son ampleur, sa rapidité et cette exceptionnelle mobilisation planétaire. Les médias aussi participent au mouvement. Les nouvelles technologies émergent au cœur du système. Leur rapidité et leur réactivité répondent à la soudaineté et à l’ampleur de la catastrophe. Le SMS s’avère être un précieux outil de récolte de fonds.
Cette immense générosité s’accompagne d’une vision plus comptable de la solidarité. C’est une approche gestionnaire qui prime désormais l’approche émotionnelle. Le monde humanitaire semble être entré dans une nouvelle ère. Médecins sans frontières annonce, et cela ne s’est jamais vu, son refus de dons supplémentaires, estimant en avoir reçu suffisamment à consacrer au tsunami. J’applaudis la décision de cette grande ONG, qui a ainsi pointé du doigt une question éthique fondamentale de l’action humanitaire : celle de la difficile affectation des dons et plus généralement de la gestion des ressources financières.
Pour faire face à cette situation, nous avions pourtant nommé, en Conseil des ministres, un délégué interministériel à l’aide de la France aux États affectés par la catastrophe du 26 décembre 2004 : Jean-Claude Mallet. Pour ma part, je me félicitais de la mise en place de cette mission qui allait dans le sens d’une meilleure coordination et d’une meilleure évaluation des ressources. Près de 60 millions d’euros de crédits budgétaires avaient alors été mobilisés d’emblée et distribués selon les besoins. Malheureusement, il nous a fallu constater, a posteriori, que cette initiative, excellente dans le principe et dans sa réalisation, était restée trop ponctuelle. Et en 2007, la Direction générale de la coopération internationale et du développement reconnaissait les carences en matière de coordination.
Comparée à l’élan de générosité suscité, la leçon du tsunami est amère. Le tsunami a bien entraîné une prise de conscience collective : celle d’un système humanitaire insolemment riche de moyens et de technologies mais plus que jamais en mal d’efficacité.
Nous avons d’abord recensé les difficultés logistiques. Des experts ont ainsi rappelé lors d’une table ronde post-tsunami, en juin 2005, le peu de moyens de transport pour déployer les dispositifs, l’encombrement des infrastructures aéroportuaires et routières, l’absence de cellules de crise dans les aéroports, l’incapacité à s’organiser dans la durée, la lenteur de l’approvisionnement sur place et l’engorgement des points d’entrée de l’aide et des lieux de stockage.
Arnaud Fraisse, de Secouristes sans frontières, et Jean-Yves Lescazes, du Secours catholique, ont également mis en lumière les difficultés rencontrées sur le terrain. D’abord, le complexe recensement des victimes a causé retard et gêne dans l’organisation et le déploiement des premiers secours. Ensuite, l’instabilité politique des régions touchées a compliqué la définition des actions à mener. L’insuffisance, voire l’absence de communication avec les autorités locales a également pesé sur la mise en œuvre de l’aide. Enfin, la disparition des cadastres a considérablement bloqué les processus de reconstruction…
Un an, deux ans plus tard, et même encore aujourd’hui, des critiques sont émises. Et pour cause. Deux ans après le drame, en 2006, 70 000 Indonésiens vivaient encore dans des baraquements de fortune, en dépit des 350 millions d’euros collectés par les associations auprès des particuliers. Des bateaux inadaptés à la pêche locale ont été livrés. Dans le port indonésien de Belawan, des conteneurs d’aide ont pourri au soleil…
En résumé, le tsunami, malgré tous les désespoirs mais aussi les espoirs suscités, n’a rien fait naître de concret. Le projet des Casques rouges a bien été lancé mais deux ans plus tard…