Le 4 octobre dernier, le plan Alerte-Enlèvement a été étendu à facebook. Nous avons sollicité Madame Nicole Guedj, à l’origine du plan en France, pour un bilan 5 an après sa signature, en février 2006.
Alerte Enlèvement : 10 déclenchements, 13 enfants sauvés
Par Nicole Guedj
Ancien ministre, Président de la Fondation Casques Rouges
En 2004, dix jours après ma nomination au gouvernement, un petit garçon était enlevé dans l’Ouest de la France. Il s’appelait Jonathan. Ses parents me pressèrent de venir sur le lieu de sa disparition pour m’assurer que tout était réellement mis en œuvre pour le retrouver. Sur place, je leur confirmais, sans hésitation, la mobilisation des services de police et de gendarmerie. Un mois plus tard, le corps de l’enfant était retrouvé dans le périmètre même où s’étaient déroulées les recherches. J’étais forcée de constater que les moyens déployés n’avaient pas suffit, que nos méthodes avaient failli.
J’éprouvais le sentiment confus de porter la responsabilité d’agir. Je me rendis au Canada où je découvris, " Amber Alert ", un dispositif permettant d’informer rapidement et massivement, l’ensemble de la population de la disparition d’un mineur. Cette méthode avait été initiée, aux Etats-Unis, en 1996 et a déjà permis de retrouver 443 enfants.
Je décidai alors de travailler à la transposition du procédé en France et me heurtai, contre toute attente, à beaucoup de scepticisme, de frilosité et d’irresponsabilité. Le groupe d’experts réuni à ma demande me remis même un rapport négatif… Je tiens toutefois ici à saluer la mobilisation de l’APEV, qui a été la seule association à rejoindre ce comité de réflexion et a m’encourager à concevoir le modèle français de l’" Alerte Enlèvement ". Aujourd’hui, après 10 déclenchements et 13 enfants retrouvés, je suis fière et heureuse d’avoir contribué à l’instauration de cette mesure qui, aujourd’hui, rassemble tous les Français.
Les téléspectateurs d’abord qui, pour la première fois, ont découvert l’Alerte enlèvement le 9 juillet 2006, après la disparition de deux sœurs âgées de 8 et 10 ans, dans le Maine-et-Loire. À cette époque, leur signalement avait été diffusé sur les chaînes de télévision hertziennes mais aussi sur les stations de radio et les panneaux autoroutiers. C’était déjà une belle victoire mais pas encore suffisant pour s’assurer de mettre toutes les chances du côté des victimes.
Après ma sortie du gouvernement, j’ai ainsi souhaité poursuivre mon engagement au service de l’Alerte enlèvement et je me suis fait forte d’utiliser tout le potentiel des nouvelles technologies pour faciliter les recherches. J’ai voulu faire évoluer l’outil au même rythme que celui de l’Internet. Si tous les Français ne sont pas devant leur poste de télévision en plein après midi, la grande majorité d'entre eux se trouve devant son ordinateur et ne quitte jamais son téléphone portable. C’est ce changement des usages qui m’a conduite, juste après l’enlèvement de la petite Élise André en mai 2009, à impliquer les Internautes dans le dispositif. Avec Orange, Free, SFR, Google, Yahoo!, Microsoft, Dailymotion, blogSpirit, l’ASIC (Association des Services Internet Communautaires) et le Silicon Sentier, nous avons ainsi créé l’e-@lerte enlèvement sur le Web,. Grâce à cette nouvelle extension, qui a fait l’unanimité en moins de deux semaines, plus de 2 millions d’internautes supplémentaires pouvaient être avertis en instantané de l'enlèvement d'un enfant.
Parallèlement, j’avais pris l'initiative personnelle de créer un groupe sur Facebook, pour informer tous les membres français de ce réseau social -25 millions à ce jour- de l’existence de l’Alerte enlèvement. En quelques semaines, plus de 250.000 membres y avaient adhéré et par la suite, les Alertes enlèvement déclenchées pour Ibrahima Nacir Doucoure en février 2010 et les fillettes disparues dans la Sarthe en septembre dernier, ont été relayées sur ce groupe. Mais cette démarche individuelle n'ayant une portée que trop limitée, j'avais tenu à aller encore plus loin, en lançant un appel à Facebook dans Le Figaro du 1er mars 2011 : "Un partenariat avec Facebook serait utile. Il faut utiliser toutes les nouvelles technologies pour faire barrage aux ravisseurs. Qu’ils sachent qu’entre les médias classiques, le Net ou encore le téléphone, des millions de personnes seront avisés du rapt. Une réalité qui pourrait les dissuader d’agir." Mon idée était alors d'établir un accord de partenariat officiel consistant en l’affichage d’un message sur le "mur" des personnes en ayant fait préalablement la demande. Mardi 4 octobre, Facebook France a accepté de rejoindre les désormais nombreux partenaires de l’Alerte enlèvement.
Dernière catégorie de Français à être en prise directe avec l’Alerte enlèvement, les 13 millions d’utilisateurs de smartphones, pour lesquels la Fondation Casques Rouges que je préside, a développé une application mobile, en partenariat avec Proxima mobile, le portail d’applications mobiles de services publics du gouvernement.
Preuve, s’il en fallait, de la détermination des Français à protéger les enfants de ce pays, plus de 150.000 utilisateurs de iPhone, Blackberry et Android l’ont déjà téléchargée. Activée, pour la première fois, lors de la disparition de Julie et Charline le 18 septembre dernier, elle a permis l’affichage du signalement des deux fillettes sur les téléphones, dès le déclenchement de l’Alerte enlèvement par le Procureur de la République.
Désormais, il reste une dernière étape à franchir, celle de l'extension de l'Alerte Enlèvement à l'Europe. J’avais, en son temps, obtenu l’accord de Franco Frattini, Commissaire européen à la Justice et aux Affaires intérieures. S’il est aujourd’hui particulièrement aisé pour un agresseur de passer les frontières, un déclenchement simultané de l’Alerte enlèvement dans plusieurs pays, dissuaderait encore davantage les ravisseurs de passer à l’acte. Nos voisins belges et suisses, que j’avais soutenus dans leur combat pour l’installation de l’Alerte enlèvement dans leur pays, sont tout à fait volontaires pour coopérer dans ce sens. Gageons que ces accords transfrontaliers soient effectifs avant le déclenchement d’une prochaine Alerte.
Pour moi qui ai eu la noble tâche de servir le portefeuille des droits des victimes, l’Alerte enlèvement restera un modèle d’audace et d’innovation. Je me félicite que l’APEV, qui œuvre sans relâche pour accompagner les familles des enfants disparus, ait fait le pari de me suivre dans cette aventure citoyenne. Désormais, nous devons concentrer nos efforts pour soutenir les actions de cette grande association, qui s’attache à sensibiliser l’ensemble des Français, les mêmes qui ont volontiers adopté le " réflexe Alerte enlèvement ", à la cause des enfants disparus de longue durée.