Accueil

  • English
  • French
  • Spanish

Actualités


Lors de la cérémonie solennelle d’inauguration, le Secrétaire Général Abdou Diouf a notamment plaidé pour l’avenir de la Francophonie comme un acteur engagé, reconnu et respecté des relations internationales.

  « Résolus à renouveler leur alliance pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde, Déterminés à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité, Conscients des acquis communs et de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures, Sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres, » Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement, Ces engagements, ces ambitions, ces valeurs pourraient intégralement figurer dans la Déclaration que vous adopterez à l’issue de ce XIIIème Sommet de la Francophonie, tant ils épousent nos convictions les plus profondes et la raison d’être de notre action.

 

Eh bien, ces engagements, ces ambitions, ces valeurs, sont ceux que s’assignent le peuple et les cantons suisses dans le Préambule de leur Constitution.

 

Alors par-delà les remerciements et les marques de profonde gratitude que je veux vous adresser, Madame la Présidente de la Confédération suisse, pour l’accueil formidable qui nous est réservé, ici, à Montreux tant par les autorités fédérales, cantonales, communales que par la population toute entière, je tiens à vous assurer, au nom de cet humanisme partagé, que la Francophonie se sent aujourd’hui en totale osmose avec tous les Suisses, qu’ils parlent le français, l’allemand, l’italien, ou le romanche.

 

Mesdames et Messieurs les chefs d’État et de gouvernement, Le navire-monde tangue sous l’effet d’une crise économique et financière dont les répercussions se feront sentir de longs mois encore, sous l’effet d’une crise alimentaire, énergétique, environnementale et de conflits persistants auxquels les plus vulnérables payent, encore et toujours, le plus lourd tribut, sous l’effet, enfin, de menaces qui se jouent du droit et des frontières.

 

C’est dans ce contexte que nous nous sommes attachés à tenir le cap et à honorer, avec un souci de rigueur et d’efficacité accrues, avec un souci constant de solidarité, la feuille de route que vous nous aviez tracée lors du Sommet de Québec, mais aussi à réagir dans l’urgence, comme ce fut le cas au lendemain de la tragédie qui a frappé nos frères haïtiens.

 

La Déclaration que vous adopterez, ici, nous éclairera et nous guidera pour les deux années qui viennent. Soyez persuadés que l’Organisation internationale de la Francophonie, l’Assemblée parlementaire, l’Agence universitaire, TV5 Monde, l’Université Senghor, l’Association internationale des Maires, mais aussi les organisations non gouvernementales, continueront à se mobiliser, à innover, tout en renforçant leurs synergies, pour traduire concrètement, au quotidien, vos recommandations et vos résolutions.

 

Cela suffira-t-il à garantir l’avenir de la Francophonie comme un acteur engagé, reconnu et respecté des relations internationales ? Avons-nous quelque chose de spécifique à apporter par rapport aux autres organisations internationales, aux unions régionales, avec lesquelles nous collaborons, et qui se sont considérablement développées et consolidées au cours des dernières décennies, captant, tout naturellement, l’intérêt et les moyens de leurs États membres, mais aussi des partenaires internationaux ?

 

C’est à vous, Mesdames et Messieurs les chefs d’État et de gouvernement, qu’il reviendra de répondre, ici, à cette question de confiance fondamentale.

 

A vous de nous dire, quarante ans après la signature du traité de Niamey, dix ans après l’adoption de la Déclaration de Bamako, si la Francophonie qui a été un précurseur dans son option en faveur de la diversité culturelle et linguistique, du dialogue des cultures, de l’environnement, mais aussi de l’État de droit au service de la paix, doit se contenter d’avoir été un agitateur d’idées éclairé, et laisser, désormais à d’autres, qui s’en sont emparés depuis, le soin de porter ces dossiers essentiels.

 

A vous de nous dire si le forum singulier que nous constituons, parce que représentatif de la diversité géographique, économique, politique, religieuse, culturelle du monde mais soudé par des valeurs et une langue, peut devenir plus encore que ce lieu où, déjà, se transcendent les clivages et se dégagent des consensus.

 

A vous de nous dire s’il peut devenir le lieu où s’élaborent des prises de position que nous nous engagerons à porter, unis, dans les instances de négociations et de décisions internationales, Au service d’une gouvernance économique mondiale plus équitable, qui ne saurait prendre acte, seulement, de l’interdépendance entre les plus puissants, mais qui doit tirer les conséquences de notre interdépendance intégrale, singulièrement en termes de solidarité, Au service des Objectifs du Millénaire pour le développement, qui ne se réaliseront pas sur la base de promesses renouvelées, mais d’engagements tenus et de financements innovants, Au service d’une démocratisation des relations internationales et d’un multilatéralisme équilibré, qui ne pourra s’accommoder plus longtemps d’une sous-représentation de l’Afrique dans les organes où se prennent les décisions qui la concernent pourtant directement, qui ne pourra s’accommoder, non plus, d’un glissement de pouvoir de l’ONU vers le G20 ou vers des coalitions d’intérêt qui ne manqueront pas de se former, si plutôt que de mettre en œuvre, sans délai, les réformes nécessaires, nous continuons à pointer les carences et les dysfonctionnements.

 

Au service, enfin, d’une diversité culturelle respectée et pacifiée, vouée à nourrir et à enrichir l’universalité, plutôt qu’à la révoquer, sous peine de perdre la dimension de fraternité, d’utopie qui nous oblige sans cesse à dépasser les affres de la réalité. A vous de nous dire si la diffusion de ces engagements et de ces idéaux peut se concevoir sans une langue française assumée par tous, forte et compétitive au regard, notamment, des stratégies offensives adoptées, à l’échelle mondiale, par d’autres grandes langues, repoussant par là même, et c’est tant mieux, le spectre d’un monolinguisme réducteur ?

 

Virgile écrivait : « Ils peuvent parce qu’ils croient pouvoir. »

 

Nous avons la conviction, la passion, l’énergie, la force des valeurs et de la langue qui les porte, mais nous pourrons d’autant plus, que vous, chefs d’État et de gouvernement, croirez que nous pouvons.

 

Je vous remercie.

 

 

 

Retrouvez l'intégralité du discours de M. Abdou Diouf sur le site de l'Organisation Internationale de la Francophonie

 

(Photo : Abdou Diouf, Source : site de l’Organisation internationale de la Francophonie)

 





load1 load2 load3 load4 load5