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Nicole Guedj a accompagné le 22 janvier Mme Elisabeth Delatour Préval, Première Dame de la République d’Haïti, lors d’un déplacement à l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti. A cette occasion, Mme Préval s’est adressée au peuple haïtien :  

 

" Plus que de mots, plus que de compréhension, plus que de paroles, plus que d’amour, il vous faut à vous mères, pères, sœurs, frères, filles, fils, hommes et femmes de ce pays qui ont perdu dans vos entrailles, dans vos âmes, de l’action et rapidement.

 

Je m’incline humblement devant ces femmes, ces hommes qui ont perdu un frère, une sœur, un père, une mère, un enfant, pour vous dire comme le poète Sénégalais, Birago Diop, dans son célèbre poème intitulé «Souffles » :

 

…  «  Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :

Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire

Et dans l’Ombre qui s’épaissit.

Les morts ne sont pas sous la terre :

Ils sont dans l’Arbre qui frémit,

Ils sont dans le Bois qui gémit,

Ils sont dans l’Eau qui coule,

Ils sont dans l’Eau qui dort,

Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :

Les Morts ne sont pas morts » …. 

 

Je m’adresse aussi, aux handicapés, aux malades, aux blessés, aux femmes, aux mères qui veillent, protègent tous les jours leurs enfants, aux enfants qui souffrent, qui ont peur et qui sont en état de choc.  Je m’adresse ainsi aux plus vulnérables qui subissent cette réalité atroce et qui auraient souhaité désespérément que ce fut un vilain cauchemar, pour leur dire que le Président et moi-même avons une attention et une pensée  particulière pour eux et que nous insistons auprès des instances responsables des secours d’urgence afin que l’aide leur parvienne en priorité. 

 

A  notre peuple martyr ! A cette population noble et verticale qui, avant que n’arrivent les secours de l’étranger, a aidé souvent à mains nues ceux qui étaient en détresse, tirant sous les décombres des gens qu’ils n’avaient jamais vus,  je salue votre courage, votre bravoure et votre solidarité qui montrent mieux que tous les mots que nous sommes une Grande Nation. A ces milliers de héros, qui ont spontanément assisté leur prochain,  je leur dis toute ma fierté d’être Haïtienne  et je les félicite de leur détermination.

 

Je profite de cet instant pour partager avec vous ma blessure de mère ne pouvant expliquer mon impuissance à mes propres  enfants Karl et Kosta  face à ce désastre qui a emporté tragiquement leurs grands parents.  Ils ont été en effet les premiers arrivés sur les lieux pour leur porter secours et être rapidement confrontés à l’implacable réalité : malgré leurs efforts continus, mes deux petits n’ont pas pu extraire le père et la mère de leur père de leur résidence où ils sont restés enfouis pendant cinq jours. Cet évènement isolé est un infime exemple de ce qui s’est passé à travers cette ville, cette région, ce pays. Des milliers d’entre nous n’ont pu, impuissants devant cette tragédie, sauver leurs enfants, leurs pères, leurs mères, leurs amis. Je suis avec eux dans la douleur. Je suis avec vous dans le désarroi.

 

Votre conduite exemplaire a frappé l’humanité toute entière : au devant d’une adversité qui aurait broyé l’âme de n’importe quelle population pour la laisser anéantie, tel un phœnix vous vous êtes relevés, avez aidé votre prochain, avez repris les rennes de vos destins. Par ces actes de bravoure quotidiens, vous avez montré encore une fois que vous êtes un grand peuple et que nous sommes une Grande Nation.

 

Je m’adresse enfin à tous ceux qui profitent de la détresse des uns et de l’impuissance des autres, ceux qui pillent, ceux qui abusent des faibles,  je dis simplement que vous êtes face à votre conscience et l’histoire s’en souviendra.

Aujourd’hui, il nous faut continuer à donner cet exemple de courage, de discipline et de dignité pour vivre en dépit de tout. Ce tremblement de terre a détruit  nos maisons, il a brisé la vie de beaucoup d’entre nous, il a déchiré nos cœurs… Mais il ne brisera pas nos âmes. Nous sommes tenus d’assumer notre réalité et de survivre.  Nous nous battrons et redeviendrons cette nation forte et belle qui a été le phare du monde moderne.

 

Avant et pour cela, il nous faut nous relever et nous ressaisir, pour pleurer nos  morts certes, mais, pour célébrer la vie!  Nous avons la chance aujourd’hui d’avoir toute cette solidarité internationale qui nous  arrive de toutes parts, il nous faut la recevoir et l’apprécier, elle nous est indispensable. Je veux ici remercier tous ceux qui ont spontanément offert de l’aide pour vous, peuple haïtien : les gouvernements étrangers ainsi que leurs populations, les agences internationales, les ONG.

 

Notre diaspora s’est soulevée comme un seul homme de New-York à Paris, de Miami à Saint Domingue, de Montréal à Nassau pour souffrir avec sa famille laissée en mère patrie et relever avec nous, avec eux le défi. Les mots pour les remercier sont trop faibles mais j’essaie quand même en leur disant Merci.

 

Je remercie spécialement les artistes, les sportifs, les professionnels et tous les particuliers de tous les pays du monde qui ont offert leur aide et leur support.

 

Je termine pour vous féliciter de votre patience, votre calme, votre sérénité et de votre sens de solidarité. Nos ancêtres se sont battus pour nous forger cette nation aujourd’hui sérieusement affectée par le séisme du 12 janvier.  C’est le moment pour nous de nous relever afin de  reconstruire ensemble notre nation, Haïti !

 

Que Dieu vous bénisse! "

 

22 janvier 2010

 

Présenté à l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti

 





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