Federico Mayor, ancien directeur de l’UNESCO, a envoyé un message très fort à la communauté internationale en plaidant pour la création des Casques Rouges.
Dans une tribune publiée le 11 juin dernier, Federico Mayor a pointé du doigt « les difficultés rencontrées par la communauté internationale pour gérer les catastrophes naturelles ».
L’ancien directeur de l’UNESCO a ainsi recommandé la mise en place d’importants changements : « comme l’a suggéré Nicole Guedj, nous devrions encourager la formation des Casques Rouges, force exclusivement humanitaire et supranationale qui agirait exclusivement en cas de catastrophe naturelle ou d'origine humaine ».
Page Wikipédia de Federico Mayor Zaragoza
Traduction de la Tribune de Frederico Mayor Zaragoza du 11 juin 2010
Sans défense contre les catastrophes
Ils sont tellement préparés à la guerre et les bénéfices de celle-ci sont tellement importants que, lorsqu’il n’y a pas d’ennemi, il faut en inventer un afin de satisfaire la soif de cette colossale machine belliqueuse.
Sous-marins, porte-avions, cuirassés, avions avec ou sans pilote, chars, obusiers, roquettes, ogives nucléaires…
Toutefois, pour se défendre contre les catastrophes qui affligent le monde, Rien. S’il ne s’agissait que de phénomènes peu fréquents, cela pourrait s’expliquer. Mais ils sont récurrents.
Et, comme ils ne font pas partie de la défense traditionnelle, les structures de sécurité - avec une vision très myope du sens du terme sécurité – n’incluent pas les catastrophes dans leurs stratégies et manquent des ressources humaines et techniques nécessaires pour empêcher ou tout au moins réduire leur impact.
Nous sommes Sans défense, en dépit des études conduites en détail par l'Organisation des Nations Unies au cours de la décennie 1989-1999 (avec le concours des plus grands spécialistes) sur les mesures devant être prises avant et immédiatement après ce genre d’évènements.
J'ai eu l'occasion, en tant que directeur général de l'UNESCO de collaborer avec le secrétaire général de l’ONU, Javier Perez de Cuellar afin mettre en œuvre les actions à entreprendre. À la fin de la période indiquée, furent publiées les mesures les plus appropriées dans la « gestion des catastrophes naturelles », document que l'Assemblée générale des Nations Unies a continué à mettre à jour périodiquement à travers l'UNESCO.
Cependant, comme dans le cas des résolutions pour le développement social et durable, les formules recommandées par le système des Nations Unies ont été rejetées sans scrupules par les groupes ploutocratiques des «mondialisateurs» (G-7, G-8 ...).
Les mesures à adopter se basaient sur:
catastrophes hydrométéorologiques: cyclones, ouragans, inondations, sécheresses, tornades, températures extrêmes, foudre ...
catastrophes géologiques: tremblements de terre, éruptions volcaniques, tsunamis, glissements de terrain, glaciers ...
Catastrophes environnementales et technologiques : incendies.
Les quatre principaux objectifs de la Stratégie internationale de prévention des catastrophes (SIPC) sont, d'accroître la sensibilisation du public aux risques, à la vulnérabilité et à la prévention des catastrophes au niveau mondial, de promouvoir l'engagement des autorités; de diriger la participation interdisciplinaire, et d’augmenter la connaissance scientifique.
Une des contributions récentes les plus importantes est le GAP (Guard, Anticipation and Prediction) de l'Union européenne contre les menaces pour « la santé globale » incluant les catastrophes naturelles et nucléaires, les grandes épidémies, les catastrophes industrielles et le terrorisme.
Aujourd'hui, les impacts du changement climatique, la fonte des glaces, le gaz à effet de serre, en particulier de dioxyde de carbone, peuvent être parmi les thèmes qui doivent être abordés par le Conseil de sécurité avec un réseau de compétences élargi.
Les questions nécessitant l’intervention des forces armées seraient confiées aux casques bleus. Et, comme l’a suggéré Nicole Guedj, nous devrions encourager la formation des Casques Rouges, force exclusivement humanitaire et supranationale qui agirait exclusivement en cas de catastrophe naturelle ou d'origine humaine. L'Espagne s’est dotée en 2005 de la UNE (Unité militaire d'urgence), qui a déjà prouvée sa capacité d'action (incendies, etc.)
A l'inefficacité et à l'incapacité de réaction démontrée dans le secours et l’aide humanitaire en cas de tremblements de terre, inondations, etc, s’est maintenant ajouté la marée noire causée par l’impardonnable cupidité d'une entreprise d'extraction de pétrole qui n’avait pas les ressources nécessaires pour se protéger de ses propres erreurs. On accuse avec excès le président Obama de ne pas assumer ses erreurs au même niveau que le fait la compagnie de pétrole britannique. N’oublions cependant pas qu’un déversement de cette nature n’est pas un ouragan.
Dans le début des années 90, nous avons lancé le GOOS (Global Ocean Observatories) afin d'anticiper les tsunamis et de dénoncer les transporteurs de pétrole qui nettoient leurs réservoirs en haute mer au lieu de le faire dans les installations portuaires appropriées.
Pendant combien de temps encore la population mondiale laissera ce genre de choses arriver en restant impassible ?
Pas pour longtemps, je crois.
Grâce aux nouvelles technologies de communication, nous progressons vers une plus grande participation du public, qui, jusqu’alors spectateur, commence à former la toile globale qui, tant à l’échelle mondiale que locale, permet de renforcer la véritable démocratie. La transition d’une culture de l’imposition, de la violence et de la guerre vers une culture du dialogue, de la conciliation et de la paix est en marche. Nous allons d’une économie de marché vers une économie globale durable, d’une stratégie de sécurité exclusivement territoriale à une sécurité alimentaire et sanitaire efficace face aux catastrophes.
Définir un nouveau concept de sécurité dans le monde entier est une urgence. La conscience du citoyen, ému et alerté par les récentes catastrophes ne peut que collaborer efficacement à son développement.
Federico Mayor Zaragoza
Lien vers le texte original
Photographie (International University of Andalusia, creative commons)