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Le conteneur Emergesat est un outil de gestion des crises humanitaires et des catastrophes naturelles qui a été développé à l'initiative de Nicole Guedj, ancien ministre, chargée d'une mission à la présidence de la République à la suite du tsunami de décembre 2004.

Il a été réalisé en un peu plus d'un an par le Cnes, Alcatel Alenia Space, le Remifor (Réseau euro-méditerranéen d'information et de formation à la gestion des risques), le Gric-Irit (laboratoire d'ergonomie et d'ingénierie cognitive de l'institut de recherche en informatique du CNRS à Toulouse) et le Medes (Institut de médecine et de physiologie spatiales).

Démonstration. Le 23 mars, à l'Ensosp (Ecole nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers) de la direction de la défense et de la sécurité civile du ministère de l'Intérieur, qui se trouve à Nainville-les-Roches (Essonne), Emergesat a fait l'objet d'une démonstration en présence de Nicole Guedj, de Yannick d'Escatha (président du Cnes), de Pascale Sourisse (PDG d'Alcatel Alenia Space) et de Jean-Pierre Massue (président de Remifor).

Le conteneur pourra être utilisé pour des catastrophes comme les tsunamis, ouragans, tremblements de terre, inondations, mais aussi les catastrophes industrielles ou des actes terroristes. De type igloo aéronautique (400 kg), il était héliporté (il peut être transporté par avion, hélicoptère ou camion). Il fut rapidement déployé sur site par une petite équipe d'accompagnateurs. Les liaisons satellites (bande Ku) et terrestres (GSM, Wi-Fi, Wimax) ont permis d'établir le contact avec le Centre de coordination des crises d'Asnières (portée inférieure à 50 km). Les objectifs sont de faciliter les échanges d'information nécessaires à une gestion optimale de la crise : évaluation des moyens et des besoins logistiques et humains, aide à la coordination et au suivi des interventions en temps réel (localisation des victimes, mouvement de population, analyse des risques d'épidémie, etc.).

Pour cela, il est équipé d'un ordinateur portable qui est relié à Internet par une liaison à haut débit (10 Mbts). Il permet notamment de télécharger des images satellitaires. Ces dernières peuvent être obtenues gratuitement dans le cadre de la charte internationale Espace & Catastrophes majeures (créée par le Cnes et l'ESA en 1999). Yannick d'Escatha, président du Cnes, a émis le souhait que les principaux opérateurs mondiaux de satellites de télécommunications et d'autres partenaires financiers puissent mettre en oeuvre une "Charte internationale Telecom" par laquelle les opérateurs s'engageraient à attribuer, en cas de catastrophes, par exemple 1 % de la bande passante disponible à l'action humanitaire. En cas de crise, l'activation de cette charte permettrait de mettre à disposition des différents responsables et des populations, de la bande passante satellite gratuite. En outre, Emergesat contient une valise de télémédecine fournie par MedesSat, filiale du Medes, qui permet de faire des diagnostics pour la réalisation des actes de première urgence, ainsi qu'une valise de téléépidémiologie notamment équipée d'un dispositif d'analyse de l'eau. Certains terminaux portables seront équipés du GPS.

Production. Les tests de validation sur le prototype en zone montage et en zone radio électriquement perturbée auront lieu à partir d'avril. Ensuite, il est prévu de confectionner cinq à six unités dans les deux à trois prochains mois. Elles seront confiées à la Croix-Rouge (prépositionnées en Guyane, dans l'océan Indien, etc.). Puis la phase de développement devrait débuter cet été. Mais l'ambition de Nicole Guedj est de fournir cet outil à tous ceux qui le souhaitent. Lorsqu'elle était au secrétariat d'Etat aux Victimes, elle avait plaidé pour une force de l'ONU, les "casques rouges", chargée d'aider dans les catastrophes naturelles. Elle a annoncé la création d'une fondation qui aura pour tâche de veiller aux pratiques commerciales liées à cet outil et au respect de son utilisation pour qu'il conserve sa vocation humanitaire.

 





01 Réseaux
Comment déployer rapidement des moyens des télécommunications tout de suite opérationnels en zone sinistrée ? Un partenariat public-privé a réalisé, en quelques mois, un prototype de plate-forme aérotransportable associant équipements terrestres et satellitaires.

Né à l'initiative de Nicole Guedj, alors secrétaire d'État aux droits des victimes dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, le projet Emergesat est parti d'un constat récurrent. Après une catastrophe comme celle du tsunami en Asie, du tremblement de terre au Pakistan ou de l'ouragan Katrina aux États-Unis, les infrastructures de télécommunications sont souvent dévastées ou saturées par un afflux d'appels, ce qui engendre de graves dysfonctionnements dans l'organisation et la coordination des secours.

Une petite équipe de techniciens du Centre national d'études spatiales (Cnes) et d'Alcatel Alenia Space a donc été chargée d'établir un cahier des charges définissant les spécifications d'un conteneur humanitaire aérotransportable permettant de déployer dans un bref délai une cellule de communication terrestre et satellitaire autonome. Cofinancé (800 000 euros) par ces deux mêmes partenaires, un démonstrateur a été construit en quelques mois, en suivant les contraintes volumique et pondérale d'un conteneur standard de l'aviation civile.

Emergesat se présente sous la forme d'un caisson d'aluminium dont la partie supérieure se détache pour libérer une station d'émission-réception satellite à positionnement automatique. Un mât télescopique s'érige également pour créer une cellule radio couvrant une zone d'un rayon de 3 km en terrain découvert. À l'intérieur du conteneur sont arrimés les équipements électroniques de communication et de localisation, des moyens de télémédecine et d'analyse de l'eau, ainsi qu'un serveur informatique associé à des ordinateurs durcis et des applications permettant de faire des relevés et des évaluations, de réaliser et partager des plans d'action, d'effectuer des requêtes et des visio ou audioconférences autour de documents opérationnels. L'ensemble est alimenté en énergie par un petit groupe électrogène. Les technologies retenues sont de standards reconnus. La liaison satellite opère en bande Ku, selon le protocole VSat (Very small aperture terminal) normalisé DVB-RCS (Digital video broad-casting-Return channel by satellite), tandis que la station de radiocommunication terrestre met en œuvre GSM, Wi-Fi et WiMAX, autorisant l'usage de terminaux voix bimodes (GSM et VoIP/Wi-Fi) et d'ordinateurs communiquant en voix-données-images.

Une charte des opérateurs satellitaires

Lors de la démonstration aux ONG, fin mars, à l'École nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers, Nicole Guedj a annoncé la fabrication dans les mois à venir d'une présérie de cinq conteneurs qui seront prépositionnés dans des pays sélectionnés par la Croix Rouge Internationale. Yannick d'Escatha, président du Cnes, et Pascale Sourisse, PDG d'Alcatel Alenia Space, ont rappelé l'importance des technologies spatiales dans les domaines environnementaux et humanitaires, et appelé à la création d'une charte des opérateurs satellitaires pour mettre à disposition de la bande passante. Une fondation devra encadrer l'usage humanitaire d'Emergesat, mais il est déjà certain qu'il existe un marché plus large pour ce type d'équipement (entre 100 et 150 000 euros le modèle de série).

Les services mobiles occupent le terrain

Toutes les ONG utilisent les réseaux Inmarsat, Iridium ou Globalstar, dont l'accès est libre sur toute la planète. Il n'en va pas de même des liaisons en bande Ku, qui nécessitent l'autorisation des États pour exploiter le « segment sol », c'est-à-dire la station d'émission-réception. Certes, les performances ne sont pas identiques puisque Emergesat fournira un débit de 2 Mbit/s (10 Mbit/s en réception), alors que BGan (Inmarsat) plafonne à moins de 500 kbit/s. Les prix sont également différents, mais les opérateurs de services mobiles proposent des tarifs préférentiels aux intervenants humanitaires. Le déploiement d'Emergesat suppose donc des ententes préalables avec les autorités, démarches qui pourraient se faire dans le cadre de l'ONU ou d'un équivalent mondial du programme européen GMES (Global Monitoring for Environment and Security).

 





Les équipes humanitaires qui viennent en aide aux réfugiés de la province soudanaise du Darfour disposeront à l'automne d'une unité mobile de communications et d'observation satellitaire du terrain prêtée au Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) par une fondation française.

Le Haut commissaire aux réfugiés Antonio Guterres a conclu mardi à Genève un accord de mise à disposition pour une période de trois mois renouvelable d'un équipement "Emergesat" avec sa conceptrice, Mme Nicole Guedj, présidente de la Fondation Casques Rouges.

"Emergesat", développé par le Centre national d'études spatiales (CNES) et Alcatel Alenia Space, réunit des équipements de communication pour les équipes sur le terrain, des capacités d'observation du site d'intervention par images satellitaires, des outils de télémédecine et d'analyse de l'eau.

"Il s'agit d'une première expérimentation sur un site de crise chronique", s'est félicitée Mme Guedj dont la Fondation Casques Rouges a pour ambition de doter l'ONU d'un "état-major de coordination pour l'action humanitaire sur le terrain".

C'est dans cet esprit que la Fondation de Mme Guedj a conçu "Emergesat" pour la gestion de crises humanitaires, de catastrophes naturelles, industrielles ou d'attentats terroristes majeurs.

L'équipement doit permettre de restaurer des moyens de télécommunications soit détruits par une catastrophe, soit saturés, et de donner aux équipes une vision du site d'intervention afin de localiser les victimes, de coordonner les secours ou d'organiser des mouvements de population.





AFRIQUE. Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés va renforcer, à partir d'octobre, ses capacités de communication et d'analyse dans l'ouest du Soudan grâce au déploiement d'un nouvel outil mis au point par la France: Emergesat.

Si la technologie de pointe permettait de dénouer les crises politiques, l'ONU aurait peut-être en main la solution idéale. Présenté mardi à Genève par l'ancienne ministre française Nicole Guedj, le container «de gestion des crises» Emergesat va, à partir d'octobre, doper les capacités de communication et d'analyse de données du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) au Darfour.

La machine en question, qui se présente sous la forme d'une grosse malle bourrée d'équipements de téléphonie, de télémédecine et de cartographie, est un peu le «couteau suisse» de l'humanitaire du futur. Largué par avion, ou transporté par la route sur n'importe quel théâtre de crise, ce container multifonctions d'environ 400 kilos permet d'établir, dans un rayon maximal de 30 kilomètres, un réseau de téléphonie portable, un réseau Wi-Fi pour Internet, et une cartographie précise des lieux. Là où les acteurs humanitaires sont aujourd'hui tributaires de radios VHF grésillantes et d'évaluations empiriques, il offre, grâce aux liaisons satellites, une capacité d'action et de communication similaire à celle des QG de Genève ou de New York.

Fait symbolique: c'est au Darfour, à partir d'octobre, que cette machine mise au point par un consortium d'entreprises hexagonales dont Alcatel et Thales - qui espèrent, un jour, la commercialiser - sera déployée. La Fondation Casques rouges*, créée par le gouvernement français pour accompagner la naissance, puis le développement de cet instrument, a conclu pour cela un accord avec le HCR mardi à Genève.

Le container, d'abord positionné au Tchad, sera déplacé au gré des besoins. Il permettra notamment, grâce à la télémédecine, de cibler de façon bien plus précise les évacuations médicales du personnel onusien ou des réfugiés: «L'envoi d'un avion au départ de Genève ou de Zurich nous coûte entre 50 000 et 100 000 euros, explique le directeur médical du HCR Michel Baduraux. Or souvent, cette décision est prise sur des bases floues. Grâce à Emergesat, nous disposerons d'un outil de diagnostic plus fin, donc bien meilleur pour prendre une décision appropriée.»

L'autre avantage, décisif dans une zone aussi vaste que le Darfour, sera, selon le haut-commissaire aux réfugiés, Antonio Guttieres, une capacité de coordination accrue: «Notre grand défi est de nous adapter aux mouvements de populations. D'un seul coup, une zone hier abandonnée peut devenir un point névralgique de l'action humanitaire. Il nous faut alors être capables de transporter vite sur place des équipes et de coordonner leurs mouvements. Aujourd'hui, les uns ont des radios, les autres des téléphones satellites, la transmission directe de vidéos, parfois cruciale, est limitée. Emergesat est le maillon qui nous manquait.»

L'engin tombe à pic. Maintenant que le gouvernement du Soudan a donné son accord au déploiement au Darfour d'une force hybride ONU-Union africaine de 20000 hommes, la communauté internationale dispose enfin d'un levier. «L'action humanitaire dans l'ouest du Soudan, aussi difficile et problématique soit-elle, est un succès, juge Antonio Guttieres. Nous venons en aide à 4 millions de personnes, dont plus de 2 millions de déplacés. La clef, maintenant, sera notre mobilité et notre capacité à relancer un accord de paix. Vingt mille hommes dans ce territoire grand comme la France, cela ne résout rien si nous ne pouvons pas très vite intervenir. Et si les factions en lutte ne déposent pas les armes.»

Emergesat n'est donc qu'un moyen. Parmi tant d'autres. Pour Antonio Guttieres, la clef de la tragédie du Darfour est aujourd'hui politique: «Le gouvernement de Khartoum a perdu une bonne part de sa marge de manoeuvre, juge-t-il. Même la Chine, son allié, a nommé un représentant spécial pour le Darfour. Les premières sanctions financières, les pressions sur l'Union africaine ont payé. Il faut maintenant relancer le dialogue et, surtout, parvenir à dégager des interlocuteurs crédibles au sein des mouvements rebelles. Le délitement de ce conflit, avec une multiplication de groupes armés, est notre pire ennemi.»

 





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