AFRIQUE. Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés va renforcer, à partir d'octobre, ses capacités de communication et d'analyse dans l'ouest du Soudan grâce au déploiement d'un nouvel outil mis au point par la France: Emergesat.
Si la technologie de pointe permettait de dénouer les crises politiques, l'ONU aurait peut-être en main la solution idéale. Présenté mardi à Genève par l'ancienne ministre française Nicole Guedj, le container «de gestion des crises» Emergesat va, à partir d'octobre, doper les capacités de communication et d'analyse de données du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) au Darfour.
La machine en question, qui se présente sous la forme d'une grosse malle bourrée d'équipements de téléphonie, de télémédecine et de cartographie, est un peu le «couteau suisse» de l'humanitaire du futur. Largué par avion, ou transporté par la route sur n'importe quel théâtre de crise, ce container multifonctions d'environ 400 kilos permet d'établir, dans un rayon maximal de 30 kilomètres, un réseau de téléphonie portable, un réseau Wi-Fi pour Internet, et une cartographie précise des lieux. Là où les acteurs humanitaires sont aujourd'hui tributaires de radios VHF grésillantes et d'évaluations empiriques, il offre, grâce aux liaisons satellites, une capacité d'action et de communication similaire à celle des QG de Genève ou de New York.
Fait symbolique: c'est au Darfour, à partir d'octobre, que cette machine mise au point par un consortium d'entreprises hexagonales dont Alcatel et Thales - qui espèrent, un jour, la commercialiser - sera déployée. La Fondation Casques rouges*, créée par le gouvernement français pour accompagner la naissance, puis le développement de cet instrument, a conclu pour cela un accord avec le HCR mardi à Genève.
Le container, d'abord positionné au Tchad, sera déplacé au gré des besoins. Il permettra notamment, grâce à la télémédecine, de cibler de façon bien plus précise les évacuations médicales du personnel onusien ou des réfugiés: «L'envoi d'un avion au départ de Genève ou de Zurich nous coûte entre 50 000 et 100 000 euros, explique le directeur médical du HCR Michel Baduraux. Or souvent, cette décision est prise sur des bases floues. Grâce à Emergesat, nous disposerons d'un outil de diagnostic plus fin, donc bien meilleur pour prendre une décision appropriée.»
L'autre avantage, décisif dans une zone aussi vaste que le Darfour, sera, selon le haut-commissaire aux réfugiés, Antonio Guttieres, une capacité de coordination accrue: «Notre grand défi est de nous adapter aux mouvements de populations. D'un seul coup, une zone hier abandonnée peut devenir un point névralgique de l'action humanitaire. Il nous faut alors être capables de transporter vite sur place des équipes et de coordonner leurs mouvements. Aujourd'hui, les uns ont des radios, les autres des téléphones satellites, la transmission directe de vidéos, parfois cruciale, est limitée. Emergesat est le maillon qui nous manquait.»
L'engin tombe à pic. Maintenant que le gouvernement du Soudan a donné son accord au déploiement au Darfour d'une force hybride ONU-Union africaine de 20000 hommes, la communauté internationale dispose enfin d'un levier. «L'action humanitaire dans l'ouest du Soudan, aussi difficile et problématique soit-elle, est un succès, juge Antonio Guttieres. Nous venons en aide à 4 millions de personnes, dont plus de 2 millions de déplacés. La clef, maintenant, sera notre mobilité et notre capacité à relancer un accord de paix. Vingt mille hommes dans ce territoire grand comme la France, cela ne résout rien si nous ne pouvons pas très vite intervenir. Et si les factions en lutte ne déposent pas les armes.»
Emergesat n'est donc qu'un moyen. Parmi tant d'autres. Pour Antonio Guttieres, la clef de la tragédie du Darfour est aujourd'hui politique: «Le gouvernement de Khartoum a perdu une bonne part de sa marge de manoeuvre, juge-t-il. Même la Chine, son allié, a nommé un représentant spécial pour le Darfour. Les premières sanctions financières, les pressions sur l'Union africaine ont payé. Il faut maintenant relancer le dialogue et, surtout, parvenir à dégager des interlocuteurs crédibles au sein des mouvements rebelles. Le délitement de ce conflit, avec une multiplication de groupes armés, est notre pire ennemi.»